Making of, de Linda Blanchet, d’après Claire Legendre, au Théâtre de Nice

Après  »Personne ne voit la vidéo », Linda Blanchet et sa compagnie Hanna R ont présenté cette semaine au Théâtre de Nice la pièce adaptée d’un roman de la talentueuse Claire Legendre ( »Making Of »).

Dans un décor d’appartement new yorkais bunkérisé et parsemé de jello sanguinaire, un cinéaste cynique tue pour la caméra d’obscures actrices qui vont devenir les vedettes du Quartier Latin. Le « public européen » adore ses films ; nous plongeons dans une réalité plusiers fois mutée par le dit d’un journaliste et la pellicule d’une vidéo, d’un film, d’une imposture sur les marches du Festival de Cannes.

Réflexion sur la « banalité » du mal, une de plus ? Respectivement, oui et non. L’édification sur la scène d’un texte imagé, puissant et dérangeant installe le spectateur dans un agréable cauchemar à la mode David Lynch, quelquefois dansé, chanté, conté.

L’ensemble bénéficie du jeu en plein dans le mil de Lila Aissaoui, la morte parlante aux yeux pourris, qui nous tient en respect comme au cinéma, devant le Dahlia noir, et mieux encore. Elle se ranimera comme la Belle, pour danser avec un minable Bastien (le très habile Jonathan Gensburger). C’est comme dans Sarah Kane : la violence sur scène nous heurte toujours plus que sur l’écran. Maija Heiskanen, la Lolita sacrifiée de Shoeshine le caïd-cinéaste, trouble le public par son jeu tantôt glacial, tantôt chaleureux.

L’image du corps manipulé par les complices/victimes de Shoeshine, trimballé, déshabillé (dépecé) dispense presque d’une allusion à un Rwanda que le jeu avec la mort(e Annabella) a intuitivement semé en nos esprits.

La production agit par le ricochet d’un trouble différé, comme une goutte d’eau qui revient au robinet. Le public se lève pensif.

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