Intervention sur le tourisme en Ile de France le 13 octobre 2016

Madame la Présidente, Monsieur le Vice-président,

Nous devions avoir ce débat sur la crise du tourisme dans notre région et j’apprécie celui-ci même si j’aurais également apprécié que nous puissions voter sur les mesures proposées.

Mais tout d’abord, les chiffres sont, pour nos concitoyens directement et indirectement employés du fait de l’activité touristique, totalement alarmants. Moins deux millions de visiteurs en Ile de France depuis janvier 2016. Des provenances en crise, notamment les voyageurs d’Asie de l’Est, Chine, Japon, ou Corée du Sud, qui fournissaient des contingents importants de clientèle pour nos grands magasins, salle de spectacles, hôtels et restaurants. Je voudrais d’abord leur rendre hommage en évoquant tous ces professionnels qui se battent pour maintenir leur activité à flot et qui respectent les règles mais se voient dédoubler par des pratiques déloyales en pleine crise. Je pense à toutes ces entreprises qui profitent de notre économie en payant leurs impôts ailleurs.

A n’en pas douter c’est une crise qui mérite toute la réponse des pouvoirs publics.

Permettez-moi alors, sans remettre en cause votre louable intention, d’indiquer quelques suggestions et éléments de critique constructive.

Tout d’abord il aurait souhaitable de construire ce travail dans une logique concertée. C’est en période de crise que l’éparpillement des efforts institutionnels sur le tourisme est le plus patent. Nous avions déjà l’OTCP et le CRT, plus les myriades d’offices de tourisme de tous échelons. Nous aurons maintenant des mesures qui se font étrangement écho.

Vous proposez d’envoyer des stagiaires sur les sites majeurs ? C’est un métier que le tourisme et si on y fait des petits boulots, même quand on est jeune, on aime faire ça de manière rémunérée. J’ai moi-même travaillé étant étudiant à la réception d’hôtels ou en tant que gardien de nuit. J’aurais sûrement refusé de faire ça en tant que stagiaire. J’avais besoin de travailler pendant l’été pour gagner de l’argent, pas pour faire agrémenter des statistiques électoralistes. Mais les jeunes d’aujourd’hui sont peut-être plus dociles dans votre esprit. Autrefois vous auriez pu leur proposer des emplois-tremplins, mais c’est vrai, vous avez supprimé cette mesure. Alors ces stagiaires, que feront-ils ? Ils orienteront, c’est tant mieux, les touristes perdus, mais aux côté des quelques 200, si mon chiffre est le bon, volontaires du service civique déjà mis en place en collaboration avec la Ville de Paris.

Je continue. La même Ville de Paris a déjà mis en place un City Pass. Sûrement était-il préférable de le dédoubler, de l’élargir, mais que d’énergie perdue. J’ajoute que ce city pass est aujourd’hui une perspective qui ne sera pas mis en place tout de suite alors que la crise nécessite des réponses immédiates… Ville de Paris, qui vient de présenter son propre plan de réponse à la crise et de développement touristique, qui contient des éléments très intéressants sur le tourisme vert que je vous encourage à étudier.

 

Je poursuis avec deux réflexions.

La première, c’est que nous devons interpeler les pouvoirs publics sur l’opportunité de prolonger indéfiniment l’Etat d’urgence. C’est celui-ci qui pousse les autorités coréennes ou japonaises à dissuader leurs ressortissants ou à leur donner des indications alarmistes sur la situation dans notre pays. Au contraire, nous avons besoin de police de proximité, proche des citoyens, et celle-ci aiderait aussi à instaurer un climat de confiance plus propice au voyage.

La seconde est de plus long terme. Nous savons très bien que le tourisme est une source essentielle d’activité économique pour notre pays et notre région. Mais c’est une activité très volatile. Il suffit d’un incident, d’attentats, ou d’un volcan islandais pour perturber considérablement cette manne économique. Nous pouvons cependant améliorer les effets ou externalités positifs, et diminuer les externalités ou effets négatifs. Comment pouvons-nous réfléchir dés lors à utiliser le tourisme pour alimenter en débouchés commerciaux les productions manufacturières, les produits artisanaux, les savoir-faire et les services d’ici ? Comment favoriser des transports à la demande qui paient leurs impôts en France, des logements chez l’habitant qui aident l’habitant ou des hôtels de qualité ? comment placer tout au long du parcours touristique des produits locaux, des productions artisanales ou de l’alimentation de qualité, biologique, et du fait maison à la place du surgelé ? Pouvons-nous garantir que dans les aéroports, les gares et les quartiers les plus touristiques on vende des produits locaux et pas que du produit d’importation ? Pouvons-nous en profiter pour vanter nos étoiles montantes, vêtements, biens de consommation courante ? Et pourquoi pas proposer aux touristes des produits et services de l’économie sociale ? En somme, comment utiliser le tourisme pour alimenter une économie locale de proximité?

Réfléchissons enfin à améliorer sensiblement l’expérience touristique à Paris et en Ile de France. Vos mesures de ce point de vue sont très insuffisantes. Bien sûr que l’accueil est essentiel et de ce point de vue nous avons besoin de retracer le vécu des visiteurs depuis l’arrivée à l’aéroport ou à la gare et retour. Nous avons besoin d’une réflexion de fond, pour que demain les voyageurs dans notre région aient l’impression de visiter des quartiers vivants, des sites accueillants, de sortir des bus diesel quand c’est possible, pour déambuler à vélo ou à pied, de consommer local, de parler avec les gens d’ici, de vivre une expérience authentique. C’est d’ailleurs ce que les voyageurs espèrent en se rendant dans notre belle région.

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