Débat sur le « New Deal Vert » : intervention. Redéfinir une stratégie européenne, par un nouveau sommet européen sur l’écologie.


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Image  : Evelyne Pichenot, Jérôme Dupuis, Jean-Christophe Boulanger, Frédéric Benhaim.

Intervention pour le débat organisé par la Maison de l’Europe à Paris, vendredi 8 mai à 12h au Parvis de l’Hôtel de Ville (Paris).

Sur le thème : « Un New Deal vert pour l’Europe : le pari de l’innovation et de l’environnement ».

Intervenants : Evelyne Pichenot, membre du Conseil économique et social, membre du CESE (Comité économique et social européen) ; Jérôme Dupuis, responsable du pôle de partenariats stratégiques, WWF ; Frédéric Benhaim, Co-président, Entreprendre Vert. Modéré par Jean-Christophe Boulanger (Euractiv).

Pour en savoir plus :
http://www.paris-europe.eu/spip.php?rubrique33&etat=encours&marqueur=5

Bonjour à tous,

Je voudrais remercier la Maison de l’Europe présidée par Mme Lalumière, qui nous fait l’honneur d’être dans le public, ainsi que le public et les intervenants.

Tout d’abord je voudrais dire un mot pour présenter Entreprendre Vert. Nous sommes une association qui regroupe entrepreneurs, entreprises et acteurs économiques au sens large, y compris des participants individuels. Nous visons à rassembler tous ceux qui pensent vert dans l’économie, à contribuer à la réflexion sur l’économie verte et sa régulation. D’autre part, nous construisons un réseau européen qui sera lancé à la rentrée à Vienne (Autriche), et qui s’appelle Ecopreneur.

Nous devons discuter aujourd’hui du pari de l’innovation et de l’environnement que représente le New Deal Vert.

La crise est le cadre de notre discussion avec une récession de -4% dans les pays industrialisés, -3% en France (OCDE). Là où nous évoquions le vert pour obtenir un surcroît d’emploi il y a deux ans, aujourd’hui la question est d’abord celle de la compensation des emplois détruits (-800.000 en France en 2009-2010 selon l’OFCE). Ensuite se pose la question de la reconversion de l’économie.

Du point de vue des acteurs économiques, l’impulsion donnée en Europe à l’économie verte par les pouvoirs publics est très aléatoire, tant du point de vue du financement, que de la formation (notamment dans le BTP) ou encore de l’environnement juridique et fiscal (comment ne pas penser à l’énergie et aux incitations très disparates entre la France et l’Allemagne).
Dans les plans de relance souvent étiquetés « verts » de par le monde, il y a du vert en quantité variable. 69% en Corée du Sud (sur un plan de 26 milliards de dollars) ; les Etats-Unis proposent 200 milliards de dollars pour le développement durable dans le plan Obama. En Europe on retrouve ces disparités, ce qui est problématique au regard de l’engagement de l’Union qui se veut exemplaire. De 8 à 6% en France sur 27 milliards d’euros ; davantage en Allemagne (19%).

Du côté des acteurs économiques, les choses avancent. De nombreuses entreprises se sont dotées de démarches RSE sincères et suivies d’effets. Au-delà des indicateurs néanmoins se pose la question de la transformation des modèles économiques eux-mêmes. Il ne sert à rien de verser 3% des bénéfices, ou 5, ou 10%, à des causes d’utilité publique ou à l’environnement si cela ne vient que compenser des activités elles-mêmes prédatrices. Certaines entreprises y compris industrielles opèrent progressivement la transformation de leur business model ; d’autres avancent plus lentement. Dans l’ensemble, nombre de secteurs jadis considérés comme « ringards » (le bois, le BTP) sont stratégiques dans la construction d’une économie verte, et sont de plus en plus créatifs en terme d’innovation tant technologique que de procédé, d’organisation… Ils s’agit de secteurs d’avenir. Nous verrons si d’autres secteurs seront capables de se saisir du tournant. C’est également à nous, consommateurs, citoyens, organisations professionnelles et syndicats, acteurs économiques de nous y engager et d’agir.

En parlant des business models, des modèles économiques, en utilisant notre pouvoir de consommation, de vote (le 7 juin), d’association comme à Entreprendre Vert, nous pouvons faire évoluer l’économie. Néanmoins, il y a un besoin réel d’impulsion par les pouvoirs publics.

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Ce que nous devons demander à l’Europe, c’est une plus grande coordination des efforts de relance verte. L’Europe doit jouer un rôle plus politique. En préalable, nous avons sans doute besoin d’un moment de réflexion. En 1997, il y avait eu à Luxembourg, à la demande de la France, un sommet sur l’emploi. Aujourd’hui, il serait temps de tenir un sommet sur l’écologie et le développement durable, qui permettrait en même temps de redéfinir les stratégies de Lisbonne et de Göteborg qui arrivent à échéance (nous sommes presque en 2010). Une nouvelle stratégie permettrait d’aller plus loin que les enveloppes modestes actuellement dévolues aux budgets européens et de réfléchir au financement de l’économie verte par un renouvellement du système financier. Jusqu’ici en effet on entend beaucoup parler de régulation du système financier, de limitation des excès, de comportement raisonnable. Mais pas d’un changement plus profond dans l’activité financière ; or c’est à cela qu’il faut réfléchir.

Une nouvelle stratégie européenne pourrait ensuite s’appuyer sur les relais dans la société qui comme nous l’avons dit sont en ébullition et en attente de signaux politiques et d’actes forts. Enfin, le dialogue Est-Ouest intra-européen, et le dialogue Nord-Sud, notamment méditerranéen (n’oublions pas que l’environnement est au cœur du projet d’Union pour la Méditerranée) est essentiel pour partager les bienfaits de cette stratégie et pour qu’elle ait de la substance.

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